Introduction
1939-1940 : une année particulière, bousculée de toute part par la maladie de Valéry (atteint d’une grave bronchite en mars 1940) et surtout par le conflit mondial. Le 10 mai l’entrée des troupes allemandes en Belgique met fin à la drôle de guerre et les cours sont arrêtés, Valéry part à Dinard. Rentré à Paris en septembre 1940, il montrera plus fermement son opposition au régime – lui qui avait été lié d’amitié à Pétain et l’avait reçu à l’Académie. « C’est grâce à son intervention que l’Académie Française, dans une séance à laquelle assistaient .seulement dix membres, a refusé, d’adresser au Maréchal Pétain ses félicitations pour l’accord de Montoire avec Hitler. A la suite de ce refus, il semble bien qu’aucune nouvelle tentative ne fut faite pour que l’Académie Française ni les autres académies se prononcent officiellement pour la politique de collaboration. 1939-1940 est justement aussi une année fondamentale pour l’affirmation du volet politicien de Valéry, qui émergera plus clairement dans le cours de l’année suivante mais qui est ici anticipé par la publication , en 1939, de l’essai Économie de la guerre de l’esprit, sur lequel je reviendrai. 1940 est aussi l’année de composition de Lust et du Solitaire.
En ajout de tous les imprévus que j’ai mentionné, les documents qui nous aident à reconstruire les contenus du cours sont très lacunaires. Non seulement les cours donnés sont donc au nombre de 16, mais très de peu d’entre eux on a gardé témoignage. Valéry a moins l’habitude de rédiger de manière suivie les leçons qu’il va préparer et se laisse souvent (du moins c’est ce qu’on peut déduire) inspirer par ses propres associations mentales. Ou mieux, il met en pratique ce même principe économique et physiologique à la fois basé sur la demande et la réponse. Ainsi écrit-il à Jean Voilier le 18 février, après le dernier cours dont on ait gardé trace : « les récents cours tout improvisés m’ont forcé à manœuvrer sur l’ensemble de mes ressources et à engager mes réserves […] Je crois que j’ai ahuri mes clients, mais j’ai senti (il me semble) qu’ils sentaient quelque chose : a décharge de toute une vie de recherche autour d’un centre ». Voilà c’est plutôt ce principe qu’il suit à partir de cette année. Je cite cet extrait de lettre que William Marx rapporte comme seule information sur ce cours parce qu’il me permet d’anticiper le sujet développé par Valéry dont on ait gardé le plus trace : les « réserves intellectuelles ». J’y reviendrai. Voici pour les moments les matériaux sur lesquels je vais m’attarder :
- NAF 190100 Cahier de brouillon « Poïétique III » (du 5 au 19 janvier 1940). Je vais vous soumettre mes perplexités sur ce document car je ne comprends pas tout à fait le choix fait par William dans la sélection des documents à transcrire.
- NAF 19087 Programmes et rapports du Cours de poïétique. V. Années 1938-1939 et 1939-1940 , où se trouvent entre autres les sténographies complètes des leçons du 12 janvier (V), 13 janvier (S), 20 janvier (S)
- NAF 19091 • XCI Cours de poïétique. Années 1938-1939 et 1939-1940.
- NAF 19095 XCV Cours de poïétique. IX. Année 1944-1945, f 19-30 et 106-107 où se trouvent des matériaux reconduits par William Marx au cours du 26 janvier, classés par erreur avec les matériaux de 1945.
- NAF de 19406 à 19408 Cahiers CCCCVI 200, CCCCVII 201, CCCCVIII 202 ou fac-similés XXII (pp. 870 et suivantes) et XIII
- Article de Maurice Noël, Le Figaro, samedi 6 janvier 1940
- Lettres à Jean Voilier les 5 et 14 janvier et les 16 et 18 février)
- Témoignages d’Agathe Rouart-Valéry
Valéry a en effet clôturé sa vingt-deuxième leçon de la deuxième année de Cours, celle du 10 février 1939 (non pas la dernière, mais la dernière du vendredi dont on ait gardé trace) par une réflexion sur l’action – c’est le grand sujet du cours – et plus particulièrement sur l’action répétée qui consiste à rétablir, dans un système organique comme dans un système mentale, l’équilibre après un choc. L’exemple choisi est, comme dans l’année précédente, celui du rêve et du réveil d’un rêve qui pour lui permet une sorte d’étude in vitro (ou plutôt in somno) d’un système relativement fermé et pourtant sujet à l’action de forces extérieures qui déclenchent des effet d’écart et, par conséquent d’action conservative visant à rétablir le précédent régime.
Le programme pour la troisième année se propose d’emblée de reprendre ces réflexions. dans les nombreuses versions du programme conservés dans le fichier NAF 19087 on lit que le cours du vendredi sera consacré « à l’étude développée et à la critique des notions qui interviennent dans la production des œuvres de l’esprit, en tant que cette production est consciente, ou que l’on cherche à s’en représenter le processus ». Voici le programme résumé, dans une version légèrement différente de celle transcrite par William. On y lit que Valéry s’occupera:
- De l’analyse de l’action productrice des œuvres de l’esprit
- du Rôle des images, leurs variation et combination.
- De la question de l’imaginabilité
- De la notion de problème et de celle de travail de l’esprit
- De la notion de convention.
- Du rôle intérieur du langage
Quant aux cours du samedi, ils seront consacrés comme d’habitudes à l’ « explication de divers textes » et cette année en particulier, Antonietta nous en a déjà parlé aux « fragments de Léonard de Vinci » et aux « Considérations sur les arts d’imitations, etc ». . Or, on peut se demander si ces thèmes aient été abordé et on n’aient pas gardé trace ou bien si Valéry n’ait finalement pas eu le temps de suivre son programme. La lettre-rapport envoyé à Edmond Faral du Collège de France le 23 mai 1940, à la fin des cours donc, et conservée dans le même fichier Valéry nous fait pencher pour la première option. On lit « Le problème du langage intérieur à été abordé: on a étudié le mélange de la parole intérieure, des images et des impulsions par opposition au discours émis extérieurement et à ses expressions élaborée (Rapport de Valéry à Edmond Faral, 23 mai 1940) ». Le problème est que, dans les textes transcrit par William, cette questions n’apparaît que dans les cours de la quatrième année. On sait toutefois de quelques croisement avec les Cahiers que la réflexion occupe intensément Valéry déjà à la fin de 1939 . De plus, si l’on prend respectivement le fichier NAF 19087, programmes et rapports, et ce premier fichier que j’ai évoqué, le NAF 190100 qui contient les brouillons du 5 au 19 janvier 1940, et duquel William puise des matériaux pour la troisième leçon (leçon pour laquelle on dispose d’une sténographie complète) on trouve quelques notes qui n’ont pas convergé dans l’édition Gallimard 2023 :
Si nous prenons NAF 19087, le carnet des programmes et rapports, f. 34 «en haut à gauche : « langage : forme d’action intérieure » et en bas « le langage considéré comme action ». Or il me semble qu’on est ici devant des notes préparatoires du cours, qui ne sont pourtant pas transcrites, peut-être car trop décousues
Si nous prenons le fichier NAF19100, le cahier de brouillons, f. 1-11 on trouve tout un ensemble de réflexions qui lient entre eux les sujets mentionnés par Valéry dans le programme : je reviendrai sur la première page, mais dans le f. 2 « la production de sensibilité /à l’ échelle politique », dans le f. 3 la question des visions anti-statistiques (cf. Pages WM 608-611), les définitions d’ « aventure » (f.3- WM 609) de « problème » (f.5 -WM 617) et de « notion » (f.7), le génie et son rôle de parasite social (f.8 et 10, avec un développement très intéressant), l’arbitraire comme notion essentielle dans la production de l’esprit (f. 11, et ici nous retrouvons la remarque intéressante dans le fragments sur la politique p. 664 édition Gallimard, que William retrouve dans les notes de 1945 mais qu’il reconduit au cours du 26 janvier 1940/ « Notre recherche doit se borner […] à considérer dans ce que nous aurons isolé et rangé sous le nom de politique, ce qui se trouve en elle comme œuvre de l’esprit|…] ce genre d’œuvre déborde sans doute la définition par l’inutilité et l’arbitraire [déf valérienne d’œuvre de l’esprit] que j’ai prise comme définissant le domaine de mon enseignement. Mais si le droit et la politique ne sont pas tout à fait inutiles, il y entre beaucoup d’arbitraire » )
Est-ce, en somme , Valéry respecte le programme qu’il annonce dans le rapport de mai 1940, William Marx nous l’anticipe dans son introduction à l’année, le cours de 1939-1940 « n’alla pas comme Valéry l’eut souhaité ». De ce qu’il envisage d’aborder, nous savons d’après ce parcours qu’il a eu l’occasion de développer sur :
- Productions des œuvres de l’esprit (définies comme inutiles et arbitraires)
- dialectique entre production et consommation
- Le rapport entre progrès et aventure (j’y reviendrai)
- L’identification des trois phases de l’esprit lorsqu’il se trouve devant les choses: désordre initial, accommodation et spécialisation, et enfin construction je cite « de l’appareil moteur qui va exécuter l’ordre »
- La question du problème (j’y reviendrai)
- La question de l’analogie
- La politique en tant que production collective de l’esprit (non pas inutile, mais arbitraire)
- Le paradigme fiduciaire (et par là, même si dans les documents qu’on a le lien n’est pas explicite, la question de la fiducia)
- Le rôle de l’intellectuel dans le système social et la question du parasitage
- Léonard de Vinci et Père Cyprien (Samedi)
- Et bien sûr, les réserves intellectuelles et la question, je suite du cours du 12 janvier de savoir si « l’homme pourra-t-il s’adapter à ce qu’a fait l’homme ? »»
Cette dernière question est centrale pour cette année de cours et se rattache à l’idée valéryenne que l’art, en tant qu’activité de production parmi d’autres, se doit de se soumettre aux conditions de la vie sociale généralisée de son époque. L’art étant entré dans le cycle économique moderne, elle a pris rang dans l’économie universelle. La question de sa place au sein de cette économie est élaborée par Valéry dans l’essai de Économie de la guerre de l’esprit en ce même 1939 : le texte est publié plus tard dans Regards sur le monde actuel. je vous lit juste cet extrait :
Tout ce que l’homme a fait, et qui l’a fait homme, eut pour première fin et pour condition première, l’idée et l’acte de constituer des réserves. Des réserves du loisir. Le loisir rêve, pense, invente, développe les lueurs, combine les observations ; de quoi résultent bien des conséquences qui ont transformé la condition humaine et nos rapports avec toutes choses, extérieures ou non. […] Grains emmagasinés, poisson ou viandes, séchés ou fumés – des réserves matérielles, productrices de temps libre, diminuent aussi l’accidentel de la subsistance, excitent à la prévision. Elles permirent de former et de thésauriser des réserves de connaissances, et nous vivons sur celles-ci. Il nous en faut de plus en plus pour vivre. Qu’est-ce que l’homme moderne ? Il est l’homme dont tous les moyens d’existence dépendent étroitement de la conservation, de la régénération et du renouvellement d’une quantité incroyable et toujours croissante de savoir.
Cette réflexion renvoie à une plus vaste et ancienne théorie valéryenne : celle de l’instrument. D’après Valéry, le phénomène majeur dans l’histoire du genre humain consisterait dans la mise en place de procédés de conservation visant à régulariser la vie des individus :
Le premier soin de l’homme » écrit-il dans les cahiers « fut de purger la terre des monstres et des animaux les plus nuisibles – de domestiquer ceux dont il pouvait se servir […], soit en constituant le troupeau qui se renouvelle automatiquement, soit en cultivant un carré […]. Rôle immense de ces procédés (soudure !). Conservation matérielle. Pain, biscuit. Réserves. Conservation des observations. Mémoire, écriture, vers, dessin. Conservation des émotions. Poésie (Valéry, Cahiers, t. 2, op. cit., p. 1464).
Au cours des siècles, l’homme se serait accommodé à ces pratiques et aurait oublié leur fonction de « soudure ». Progressivement, celles-ci auraient été donc remplies d’une valeur universelle et intemporelle. Lorsqu’il choisit l’écriture comme moyen privilégié pour la conservation des données acquises à travers l’expérience, Valéry veille à ne pas la naturaliser, en insistant au contraire sur sa valeur instrumentale :
Mon regard défavorable sur l’histoire et les valeurs scripturaires, je me l’explique assez par le sentiment que j’ai devant tout ce qui est écrit, que c’est matière à tripoter – à corriger, et toujours un état entre autres – d’un certain groupe d’opérations possibles » (Ibid., p. 1531)
Je souhaite maintenant rapidement revenir sur quatre cours, certains sténographiés et donc entièrement transcrit par William et d’autres incomplets ou manquants.
A) D’abord la leçon du 5 janvier. William nous présente les matériaux suivant une page de cahier qui évoque la fin du premier cours 5 janvier 1940 (à la fin de mon premier cours, je crois voir qu’un grand diable, au fond est ému… par contrecoup immédiat, j’ai senti ma fin de sermon se modifier comme par résonance, et mes paroles tendre à accroître ce que mes yeux voyaient que mes paroles avaient émises ») : ; l’article de Maurice Noël du 6 janvier (« Après la guerre, dit-il, si nous avons su conserver nos hommes, leur appétit de savoir, de découvrir, nous pourrons jouer un très grand rôle […]. Nous sommes responsable […] de la liberté de l’esprit de produire.»), le programme que j’ai déjà évoqué et les témoignages d’Agathe selon laquelle Valéry développa « l’idée que la France est responsable vis-à-vis de l’esprit ».
Il y a aussi, dans le NAF19100 f. 2 cette page que voici qui relate sous forme de brouillon le premier cours. Je ne sais pas si elle est préparatoire ou récapitulative, mais je dirais préparatoire ? On peut la lire ensemble
Poïétique III 5.1.40
Cours changé.
Circonstances, guerre. Champ de forces.
modification de toutes choses.
modif. des valeurs.
Leçon sans suite certaine.
[Mais pourquoi ne pas puiser dans les événements ?
Ils mettent en péril le capital de l’esprit.
Les réserves spirituelles
Robinson.
« L’aventure »dépend de cette accumulation
Elle est un écart, un embarquement pour
la spiritualisation généralisé, la voie mécanique
pour la conscience :… pour le pouvoir
(peut-être vers L’Univers courbe de la connaissance .
L’intelligibilité a ses limites imaginabilité)
La logique
Seule l’expérience – accroiss’ de moyens.
L’homme moderne et –
La guerre moderne –
Tableau du monde intellectuel en 1940
[Marge droite : Progrès :[mot indéchiffrable] peur
relais – automatisme
convention.
Amélior. Morale ?
ou desensibilité.
Ceci non
mystique
B) NAF19100 f. 2-3 Si l’on poursuit on trouve ceux qui pourraient être les matériaux du deuxième cours, celui du 12 janvier (on lit en effet deuxième leçon, j’imagine deuxième leçon sans compter celle du samedi). Or dans la transcription de la sténographie qu’on trouve dans l’édition de William de ce cours, complet donc, Valéry suggère à propos de l’aventure qu’il en a déjà parlé dans le cours précédent (p. 609) . Ici la retrouve opposée (p. 610) à la notion de progrès évoquée dans le feuillet (f.1) que je vous ai montré tout à l’heure. On peut lire ces notes : par exemple (lit f. 2 en haut et f. 3 en haut) à On trouve posée ici, ainsi que dans les f. 7 et dans le f. 10 la question de l’intellectuelle comme individu singulier, qui ne peut pas se plier aux lois anonymisantes d’une société industrielle et sérielle, mais aussi comme gardiens du principe de conservation/de réserves qui garantit à cette même société de survivre.
Il est clair qu’il est parfaitement impossible de savoir à combien de paires de bottes correspond La Divine Comédie ! Un bifteck et un sonnet n’ont pas de commune mesure. Le produit intellectuel est par définition fait par l’individu, et par l’individu qualifié, déterminé irremplaçable, et s’adresse également à un individu, ils ne sont jamais pris in abstracto. […] L’intellectuel est un parasite. C’est incontestable. Il vit dans les interstices de la société (CPI, p. 613).
Ces réflexions, vous vous en rappellerez, sont d’ailleurs très étroitement liées à celles sur Léonard de Vinci menées dans le cours du samedi : je pense en particulier à l’anecdote rapporté par V. sur Michel-Ange qui aurait grondé Léonard car il restait assis en « ne produisait » rien.
Encore une chose qui n’est pas très claire pour moi. Willam transcrit le brouillon qu’on trouve au f. 13 et indique qu’il s’agit du brouillon du cours du 12, mais sommes-nous sûrs qu’il est le cours du 12 et non pas d’un cours suivant ? V y fait juste référence au premier cours et ne parle pas de celui-ci comme du deuxième. Je demande car dans la version complète sténographié aucun de ces éléments n’est récupéré, en tous cas pas littéralement
C) Rien n’a été transcrit par William au sujet de la leçon 19 JANVIER : dans NAF 19100 on trouve pourtant ce tapuscrit-ci, que je vous montre (f. 11). C’est intéressant, parce qu’il se trouve avant le brouillon de cours que William dit être préparatoire à la leçon du 12 janvier. Mais peut-être que ces notes tapuscrites sont faites glisser dans les carnet après et pas toujours dans la page qu’elles devraient occuper chronologiquement ? je vous pose la question.
D) Dernier doute, qui concerne l’ensemble de documents qui témoignent de la leçon du vendredi 26 janvier, la septième. William présente ici un ensemble de textes sur la politique tirés du fichier NAF 19095 , qui réunit les matériaux de 1945, mais qui ont pour date 26 janvier (et puisque le seul vendredi 26 est celui de 1940, William suppose qu’ils aient été réutilisés pour préparer les cours des années suivantes . Dans ces fragments on trouve l’idée de la politique en tant que œuvre collective de l’esprit ainsi que celle, seulement ébauchée et développée l’année suivante, d’œuvre collective de l’esprit proche en ceci de celle « collective de base par excellence : le langage ». Je lit du f. 22:
Politique : action verbale sur quantité d’individus indistincts (cf. propagande religieuse, publicité, campagne pour hygiène) en vue de les rendre conformes à un modèle de système d’individus tels que le minimum de parole obtiendra le maximum d’action conforme de leur part. Cette action verbale doit viser et créer une sensibilité et une motricité ou énergie. Elle s’accompagne de promesses, menaces, contre lutte (NAF 19095, f. 22).
. Et du f. 106-107, où l’on retrouve cette tension entre la vision statistique des politiques post 1848 et la sauvegarde de l’individuel
depuis 1848 tendance à « ordonner l’univers des croyances et conventions implicites, fiduciaires selon le type de l’usine industrielle modèle… L’homme en série, faisant des hommes semblables à lui la chaîne… tout ce qui est individuel est mauvais. Formes communes. L’État, croyance commune (NAF 19095, f. 106-107)
Ici apparaît la question de la fiducia et l’idée que tout monde social est fondé sur la croyance et sur la confiance qu’il reçoit de notre esprit. Les serments, les contrats, les signatures, les projets, tout cela est mythique et permet l’inégalité dans les échanges. Le pouvoir lui-même, Valéry ne se censure pas et le dit assez clairement dans ces pages, est une valeur spirituelle. Sa puissance vient de ce qu’il peut concentrer ses forces à un endroit, à un moment. Si les hommes ne le croyaient pas, le pouvoir ne fonctionnerait plus.
Voilà mon doute, par lequel je terminerai : les feuillets sélectionnés par William sont le 19 (et ok, il porte la date du 26 janvier) ,pas le 20 (que si on le regarde… LIRE), le 21 et 22, pas le 23 ni le 24 (pourtant le 24 … si on le lit..)le 25, rien des notes manuscrite aux f. 26-29, le 30, et puis grand saut jusqu’aux feuillets manuscrits 106-107. De votre avis, pourquoi le choix se borne à ces fragments ? est-ce que les autres font sûrement partie des matériaux de 1945 ? je ne me suis pas occupée spécialement de cette année et je ne comprends pas tout à fait la ratio
