Micheline Hontebeyrie

Tôt apparu, le caractère fonctionnel de la Transformation s’était affirmé dans la réflexion abstraite de Valéry ― « Le but des transformations est d’établir entre état final et état initial des relations. » (Ci 3, 194) ―  cependant que, prenant appui sur les lois physiques de transformation de l’énergie, le principe de transformation / conservation s’offrait en modèle conceptuel.

 Le Cours de Poétique se révèle propre à réaffirmer le rôle dynamique du principe :

L’idée fondamentale étant transformation / conservation, j’ai cherché de tout temps les “équations de condition” de la transformation de l’être en lui-même.

(BnF NAF 19089, f. 124).

Et la notion de transformation acquiert, dans le contexte du FAIRE, un statut capital : « Esprit = Acte = transformation instantanée. » (BnF NAF 19090, f. 152), mettant en évidence l’interpénétration des notions.

De fait, la physiologie offrant en autre modèle les « fonctions hématopoïétique et galactopoïétique » (CP II, 192), Valéry place la transformation au centre même de la production des œuvres de l’esprit :

Toute œuvre de l’esprit est une transformation qui a une transformation pour objet […] Quelqu’un transforme quelque chose en vue de transformer quelqu’un.

(BnF NAF 19091, f. 67 et CP I, 564). 

Soit : « dans le producteur comme dans le consommateur, toute œuvre doit être considérée comme une transformation qui a une transformation pour objet. »

(CP I, 140).

Si le processus fonctionnel s’authentifie tel que reconnu naguère ― la capacité de « transformation » (BnF NAF 19089, f . 196) part d’une « excitation initiale » pour faire retour à « l’état [.. .] de disponibilité des fonctions qui ont participé à la dite transformation. » (CP I, p. 83) ―,  on sait que les actes « aussi complet[s] que possible » mènent à « un type de transformation très complet » (CP I, 567). Ce qui peut s’énoncer :  « Une “ŒUVRE” est acte (= transformation répétable d’un être vivant). » (BnF NAF 19087, f.5).  Ou bien : « Il se fait une transformation du MOI qui aboutit à l’œuvre du MOI. » (BnF NAF 19086, f. 24). Un tel type de transformation, à l’instar de Léonard, se verrait consacré comme « acte de l’artiste supérieur »  achevant dans et par sa création « le cycle de l’être qui s’est  entièrement accompli. »  (Préface de 1942 à la traduction par Louise Servicen des Carnets de Léonard, LP 3, 1235).

La transformation,  cœur de la  Poïétique,  apparaît cependant d’emploi pluriel. De même que s’envisage la « transformation de la notion d’œuvre » (BnF Ibid, f. 3), de même se met en place la manœuvre langagière qui consiste à « transformer  des notions communes, ordinaires » (BnF NAF 19090, f. 328) en vue de les moduler et adapter à  la visée méthodologique :

J’ai montré – note d’un Cahier contemporain des débuts du Cours – que le langage n’avait de sens que dans une transformation.

(C XIX, 846).

Et lorsque, quelques années plus tard, Valéry soulignera l’exigence de la réflexion dans tout acte d’écriture, il assimilera à « un travail de traduction » cette propriété transformatrice octroyée au langage (LP 3, 1408)[1], dont l’intervention s’applique à toute production en voie de réalisation. 


[1] Sur l’importance fonctionnelle  de traduction – transformation – transmutation, voir Valéry traduit, La Revue des lettres modernes, Série Paul Valéry 16, sous la direction de David Elder, Franz Johansson et Christina Vogel, Lettres Modernes Minard, Classiques Garnier, Paris, 2023.

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